LES RÊVES DE CETTE NUIT NE M’APPARTIENNENT PAS

Ce travail photographique constitue une première amorce réalisée au cours de quatre mois de résidence à Grasse. Cette série d’images marque le début d’une recherche, née d’un temps d’immersion, d’attention et de lente exploration du territoire.

Durant cette période, j’ai choisi de m’éloigner volontairement du littoral et de ses espaces plus touristiques pour me concentrer sur l’arrière-pays. J’avais besoin de silence — un silence intérieur, une forme de méditation prolongée. Sentir les lieux, ressentir le vivant. J’ai parcouru des zones peu habitées, souvent retirées, presque immobiles, où la présence humaine semble s’effacer au profit d’une nature dense et contenue. Ces paysages, que j’ai pu traverser à pied ou en courant, se sont révélés comme des espaces de retrait, habités par une qualité de silence qui a profondément nourri mon regard et ma sensibilité.

Les paysages photographiés ne sont pas seulement des espaces extérieurs ; ils fonctionnent comme des projections intérieures. Ils deviennent les reflets d’un état sensible, les fragments d’une géographie intime.

Comme dans l’ensemble de mes projets précédents, j’ai construit ici un récit situé à la frontière entre réalité et imaginaire. En parallèle de la résidence, les ateliers de transmission artistique ont fait émerger des images en résonance avec cette recherche. Des figures masquées, mystérieuses et énigmatiques, apparaissent — parfois à peine perceptibles — surgies de l’obscurité. Elles introduisent une tension, une étrangeté, et ouvrent un espace de réflexion autour de l’identité : la mienne, mais aussi celle du spectateur, invité à projeter ses propres images, ses propres zones d’ombre.

L’eau, et l’énergie qui circule sous le sol, omniprésente dans ce territoire, s’est imposée comme un fil conducteur essentiel. Elle traverse, transforme, s’évapore, se filtre, participant à la création des essences et des parfums qui définissent l’identité même du Pays de Grasse. Cette matière mouvante devient à la fois un élément narratif et un symbole de transformation, voire de catharsis.

Ce projet s’inscrit pour moi comme le début d’un voyage dans un temps indéfini. Un temps qui n’est pas linéaire, mais sensible — un temps comme trace, comme témoignage des transformations et des métamorphoses d’un lieu, autant que de celles qui s’opèrent en moi.

Au fil des semaines, j’ai récolté des images qui ont progressivement formé un ensemble fragmenté, un puzzle lié à mon inconscient, nourri par les sensations et les résonances éprouvées sur ce territoire. Cette expérience a été à la fois une découverte d’un lieu et une exploration personnelle, où regard extérieur et perception intérieure se confondent.

Une forme de suspension du temps s’installe. Les traces humaines y apparaissent discrètes, presque effacées, comme les vestiges d’une présence passée, transformée ou disparue.

J’ai également souhaité intégrer une dimension olfactive à l’exposition. Des odeurs primitives — animales, boisées, organiques — accompagnent les images, prolongeant l’expérience visuelle dans un registre sensoriel plus vaste. Elles participent à créer une immersion, où le regard ne suffit plus, et où la mémoire et l’instinct sont sollicités. L’image devient alors poreuse, traversée par des sensations invisibles qui invitent à une expérience sensible et introspective du regard.

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